Si l’on ne
peut que déplorer l’éviction du dernier film de Jacques Audiard, De rouille et d’os et plus encore du chef
d’œuvre photographique de Wes Anderson, le savoureux conte au goût de bonbon
acidulé Moonrise Kingdom qui aurait
redonné quelques couleurs juvéniles au dernier palmarès du festival de Cannes, plutôt
placé sous le signe du tristounet vieillissement des cellules, il est difficile
de contester la deuxième palme d’or reçue par le très fancophile réalisateur autrichien Michael Haneke, désormais abonné aux récompenses sur la Croisette. Haneke, qui
tourne alternativement avec des acteurs français et allemands, collectionne les
prix depuis 2001 : Grand Prix du Jury
en 2001 pour La Pianiste et prix
d’interprétation pour Isabelle Huppert et Benoît Magimel ; Prix de la mise
en scène pour Caché en 2005 ;
Palme d’Or en 2009 pour le malsain Ruban
Blanc et bis repetita cette année
avec Amour.
Après avoir
travaillé comme critique de cinéma puis pour la télévision et le théâtre comme
metteur en scène (auquel il reviendra en mettant en scène l’opéra Don Giovanni
au Palais Garnier puis à l’Opéra Bastille cette année), il fait ses débuts au
cinéma avec sa « Trilogie de la Glaciation ». Mais c’est
l’implacable Funny Gamesqui contribue à sa reconnaissance - not funny
at all – (l’histoire macabre en huis clos d’une famille torturée à mort par jeu par deux adolescents,
écho moderne transposé dans un univers petit-bourgeois au Salo ou les 120 journées
de Sodome de Pasolini). Cette fois-ci, Amour raconte avec un réalisme tout
aussi glacial la déchéance d’un couple de musiciens octogénaires. Cinéma
abrasif. Inconfortable. Pas très joyeux
tout ça, certes… Alors, autant laisser la parole à Jacques Prévert, cité par
Trintignan, cité à son tour par Next/Libération :
« Sur les sept films primés, seule
la palme d’or remise à Haneke coïncide avec ce que nous avons retenu d’un peu
secouant dans une sélection officielle assez faible, les chefs-d’œuvre ne se
bousculant pas au portillon des récompenses. L’Autrichien, qualifié sur scène
par son acteur Jean-Louis Trintignant de «meilleur metteur en scène
vivant», accède à un
statut hors-norme par ce plaidoyer pour l’amour à mort, en forme de chronique à
huis clos de la fin de vie d’un couple d’amants octogénaires. Sa carrière
paraît désormais sans équivalent dans le présent du cinéma, avec une aura qui
conjugue la majesté bergmanienne austère à une réputation sulfureuse. Sans se
risquer au dithyrambe, il faut dire qu’Amour est immense, notamment par sa capacité à
réconcilier à Cannes les fans hardcore de Haneke avec ceux que sa filmographie
laissait plus perplexes. Ce ne fut pas le festival de la gaudriole, mais celui
d’une gravité qui s’impose à tous. Respect final pour Jean-Louis Trintignant
citant sobrement Jacques Prévert : «Et si on essayait d’être
heureux, ne serait-ce que pour donner l’exemple.»
NB : Amour sortira en salle
en octobre. Voici en attendant notre top 4 de la filmographie du réalisateur
autrichien, à visionner les soirs d’orage uniquement…
A l’occasion de la 7ème Biennale
qui se déroule à Berlin du 27 avril au 1er juillet 2012, l’art se
mêle de la politique et fait un pied de nez à ceux qui considèrent l’art
contemporain comme une tour d’ivoire, un mode d’expression hermétique, auto-référencé,
bref, un loisir de riches coupé des préoccupations contemporaines. A titre
d’exemple, on peut citer l’intervention du « centre de beauté politique »
dont les activistes dénoncent la vente d’armes de l’Allemagne à l’Arabie Saoudite
sous le gouvernement Merkel (lire ci-dessous). Si la dimension politique ne fait pas une œuvre d’art,
elle souligne en revanche toute l’actualité de l’engagement sur la scène artistique actuelle et, renouant avec l’héritage de Joseph Beuys, réaffirme le
rôle de l’art dans la cité. Petit retour en images sur la programmation de la Biennale
2012 à travers un article intitulé « l’artillerie lourde contemporaine »,
par Victor Coste, paru dans la Gazette de
Berlin :
le collectif Voina
"La
7e Biennale de Berlin se radicalise. Sous l’auspice de l’artiste Polonais Artur
Zmijewski, l’évènement prend une tournure pour le moins politique. Du 27 avril
au 1er juillet, c’est une succession de manifestations, de projets et d’actions
imaginées par des artistes choisis pour leur engagement. De quoi replacer au
cœur de l’art les responsabilités citoyennes, civiques et humaines si chères à
nos fragiles démocraties. Cette année 2012 la Biennale de Berlin se mêle de la
politique internationale. Pas étonnant lorsque l’on s’aperçoit que ce 7e
épisode est co-piloté par la Polonaise Joanna Warsza ainsi que le célèbre
groupe d’activistes Russes Voina (guerre en Russe). Joanna Warsza est née en
1976 à Varsovie. Elle y fait des études de théâtre et de danse qu’elle clôture
en France et est à l’origine de la fondation Laura Palmer (qui promeut de
manière absolument indépendante ses différents projets). Le terme de fondation
est d’ailleurs ironique car c’est une structure low-cost et qui ne dégage aucun
profit si ce n’est humain. Interrogeant les formats d’expositions, d’art et de
pratiques activistes, Joanna Warsza a mené des projets d’expositions sur
l’invisibilité de la communauté Vietnamienne à Varsovie, ou encore le phénomène
de Jewish Renaissance Movement in Poland (délégation de la jeunesse Israélienne
en Pologne). Elle travaille essentiellement avec les institutions publiques et
sur la scène internationale.
Joanna Rajkowska
Des
stars Russes à Berlin
Le
14 juin 2010, sur un pont de St Petersbourg, Voina dessine un phallus de plus
de 60 mètres en 23 secondes. Une action minutieusement préparée et
remarquablement exécutée.
Action
menée dans la nuit du 15 septembre 2010
La
cerise sur le gateau de cette biennale reste tout de même le groupe Voina. Né en 2005 en
Russie, le collectif offre depuis un panel d’actions anti-gouvernementaliste
culottés. Ces nombreux membres sont en effet des performeurs qui risquent à
chacune de leurs actions de très graves sanctions (certains ont fait de la
prison). Voina a attiré l'attention publique le jour avant l'élection du
Président russe Dimitry Medvedev en 2008. Cinq couples, y compris une femme
enceinte jusqu’aux oreilles, faisaient l’amour dans le Musée de Biologie de
Timirayzev à Moscou. La démocratie Russe, un pouvoir incestueux ?
Souvenons-nous aussi du pénis long de 65 mètres peint sur le pont levant de
Litiejnyj en face des quartiers généraux de la police secrète de Saint
Petersburg. Une colossale érection directement tourné vers des institutions et
un système démocratique que Voina juge « pourri ». Il serait odieux de ne pas
mentionner aussi les voitures de police retournées (4 mois fermes pour deux des
auteurs) ou bien le car de police brûlé en l’honneur des prisonniers
politiques.
Performance du groupe Voina
Alexey
Plutser-Sarno, membre du groupe, déclarait aux Observateurs :
«
Personne n’a jamais été blessé au cours des performances de Voina(...) Nous
sommes engagés contre les abus du pouvoir policier en Russie. Nous nous battons
pour la liberté de l’art contemporain et les droits de l’homme, mais aussi pour
mettre fin à la censure, à l’obscurantisme politique et social et contre la
droite réactionnaire russe. Nous donnons à l’artiste une image de héros romantique
qui combat le démon. Nous voulons redonner vie à l’art expressif, juste et
sincère.»
Alexey
Plutser-Sarno s’interroge sur la situation actuelle : « les policiers russes
ont commis des centaines de meurtres et des milliers d’autres crimes. Ils sont
constamment mêlés à des affaires de corruption ou impliquant le crime organisé.
Nous sommes contre la violence et le hooliganisme, surtout quand c’est la
police qui s’y adonne. » Des artistes qui ont l’encéphale bien vissé sur les
épaules, les orbites attentives au pouvoir en place. Mais la « tête » du groupe
tient à souligner un point essentiel de leur travail : « Les performances de
Voina ne sont pas politiques ; ce sont des fables, des déclarations artistiques
sur des problèmes politiques. Nous ne participons à aucun mouvement politique.
D'ailleurs, la plupart des partis et organisations politiques nous traitent de
bouffons et de clowns. L'opposition nous rejette parce qu'elle manque
totalement d'humour. »
Seulement
des blagues?
L’humour
donc, une arme à priori dérisoire et pourtant subversive, tant dans l’histoire
artistique des formes que dans celle des sphères politiques. Profitons-en pour
faire un clin d’œil au célébrissime artiste chinois Ai Weiwei, non pas dépourvu
d’humour, et interdit de sortie du territoire tant il bouscule les autorités de
son pays. « L’artiste qui renie sa conscience politique n’est qu’un designer »
nous rappelle Natalya Sokol, autre membre de Voina et sujette à un mandat
d’arrêt international. Voilà de quoi donner du fil à retordre à tous les
créateurs qui œuvrent en faveur d’un certain confort moral, esthétique et
financier.
Les
indignés et le monde de l'art
En
2011 le MoMa de New York se voyait envahi par Les Indignés de Wall Street. Sur
le site de la biennale le mouvement est à l’honneur. Un des Indignés y
explique, « Nous avons vu un rapport direct entre la corruption de la haute
finance et la corruption "de la haute culture." Par exemple, des
administrateurs du MoMA travaille aussi avec la maison de vente aux enchères de
Sotheby’s où la valeur de l’art est synonyme de spéculation (…) Sotheby’s met
la pression sur des travailleurs syndiqués, refusant de leur payer des services
médicaux pendant une année de profits record (2011). En tant qu’artistes, nous
sommes debout avec solidarité dans cette lutte. » Le marché de l’art, les
institutions et politiques culturelles, l’élite intellectuelle, tout un
appareil qui choisit, diffuse et protège ses précieux artistes dont la grandeur
serait incontestable.
Un
Indigné de Wall Street arborant le slogan du mouvement
Sur
le même ton qu’envers la Bourse, une critique sévère est adressée aux hauts
pôles culturels dont le contenu, devant s’adresser au peuple, est choisi et
filtré par ce fameux 1% que dénonce le mouvement. Sur le site de la biennale
nous pouvons lire « Nous occupons des musées pour réclamer l'espace d’une
culture orchestrée par et pour les 99 %. Nous croyons que l'art et la culture
sont le commun des mortels. L'Art n'est pas un luxe!” Reste à savoir si la
direction que prend cette 7e Biennale parviendra à démocratiser d'avantage les
pratiques artistiques contemporaines. Son programme est dense, varié et invite
les citoyens du monde à participer à l'évènement. Laissez vous surprendre par
les rencontres, les manifestations, les performances, les expositions et les
rassemblements qui vont se succéder du 27 avril au 1er juillet 2012 dans toute
la ville. Dans les théâtres, les galeries, des églises, la rue où les parcs,
les lieux qui vont accueillir la Biennale sont très nombreux."
A lire également: «
L’art contemporain allemand est-il politique ? », in Allemagne d’Aujourd’hui N°186,
Presses du Septentrion, septembre-décembre 2008.
Intervention du Zentrum für politische Schönheit
26.05.2012 | 8 pm | KW
Institute for Contemporary Art, When
is it legitimate to set fire to the Chancellery? a discussion with Center for
Political Beauty In German
The Center for Political Beauty introduces its political
interventions. With Alexander Bühler (investigative journalist), Emanuel
Matondo (human rights activist), and Philipp Ruch (philosopher and
artistic director of the Center for Political Beauty).
Lady of War by Center for Political Beauty, Berlin, action in public space, thereafter
on view at KW
"In 2011 the Federal Security Council, under its chairwoman Angela
Merkel, decided to approve a major arms deal: the sale of 270 Leopard 2
tanks to Saudi Arabia. German "high technology" is meant to
be exported to a country, which is since March 2011 directly involved
in the defeat of the Arab Spring, and has stationed thousands of soldiers
and tanks to this day for "counterinsurgency" in the state of
Bahrain. Despite several criminal charges, the puppet masters of this
deal pretend to have done nothing wrong. They have a name and a face: the
head of the company is described as a "patriarch"
who, together with a bunch of confused owners (artists, teachers,
photographers), cannot get enough of the profits. They are proud to expand
their businesses and become richer and richer every year. But there is a
sign of hope: this time, a line has been crossed. The commercial arms deal
marks a turning point for their peaceful hiding place in Kassel. The
red line, not to export to states that violate human rights, is crossed
for greed. "Lady of War" documents the struggle and the fate of
the owners of an armory." by
Philipp Ruch
Du 16 au 20 mai
2012, la scène électronique allemande s’invite au festival des Nuits Sonores.
L’occasion de découvrir ou de redécouvrir au fil des BPM le vieux Lyon, où se
produiront les meilleurs DJ d’Allemagne, de Francfort à Cologne en passant par
Hambourg et Berlin... Dans le cadre du German
Music Panorama, crée en 2007 par les organisateurs du festival en
collaboration avec le Goethe Institut afin de promouvoir la richesse et la
diversité musicale d’Outre-Rhin, une vingtaine d’artistes,
musiciens, performeurs, DJs et VJs, investiront la rue Bély, la Place et le
théâtre des Célestins ou encore la cour d’honneur de l’Hôtel Dieu. Le Goethe Institut
nous livre à cette occasion un petit tour d’horizon des artistes à l’honneur
des Nuits Sonores:
Depuis son apparition au Panorama
Bar du club Berghain à Berlin, Cassy est devenue une productrice et
DJette internationalement reconnue. Elle a déjà travaillé avec Steve Bug,
Ricardo Villalobos, Luciano, DJ Elin, Dave The Hustler, Mathew Jonson et
Swayzak. Catherine Britton, d’un père d’origine caribéenne et d’une mère
autrichienne, grandit à Vienne en Autriche où elle fait ses premiers
expériences en tant que chanteuse et comédienne et où elle commence aussi à
mixer. En 2003, après avoir été présentée à Luciano, chez qui elle mixe sur une
de ses soirées Cadenza, elle déménage à Berlin. C’est là-bas que l’on lui propose
un contrat fixe en tant que DJette au Panorama Bar. Elle figure aussi sur la
première compilation des DJ berlinois. La protégée de Ricardo Villalobos et de
Sven Väth mixe aussi très souvent au Rex à Paris et au Trouw à Amsterdam. Outre
son travail sous des labels connus, tels que Playhouse, Perlon, Ostgut Ton et
Cocoon, elle fonde son propre label. Elle aime varier les styles musicaux,
c’est ainsi que l’on la retrouve entre la house et la techno. Elle a un vrai
sens de la soul, grâce auquel elle fait bouger les pistes de danse, quelle que
soit leur taille.
La scène techno minimale berlinoise
voit sans arrêt émerger de nouveaux talents, comme le DJ et producteur Sascha
Funke, né en 1977 à Berlin-Est, ami et ex-colocataire de Paul Kalkbrenner. A 12 ans et après la chute du Mur, Sascha Funke écoute de la pop euro dance et
s’achète l’album Technotronic Mega Mix. Dans les années 90, il touche
pour la première fois à la musique techno et house lors d’une émission de radio
de Marusha intitulée Rave Satellite. Son premier album techno sous le
label Underground Resistance de Détroit s’appelle Seawolf. A la fin des
années 90, Sascha Funke débute sa carrière en tant que DJ dans les clubs
berlinois comme discount ou SO36 et commence à enregistrer avec Paul
Kalkbrenner. En 2001, on découvre ses premiers titres en solo et ses tubes de
club comme When I will be famous. Son premier album Bravo / BPC075,
avec lequel il entame une tournée à travers le monde, paraît pourtant seulement
en septembre 2003. En 2008, Sascha Funke donne un concert à Aix-en Provence,
avant la sortie de son album suivant Mango ainsi que d’un EP (format
entre le single et l’album) avec des mixes de Mayer/Thomas et de DJ Koze. Son
projet actuel paraît sous le label Kompakt. La musique de Sascha Funke tourne
autour de deux extrêmes : de la musique remplie d’émotions allant jusqu’à la
mélancolie, le tout avec des contours clairs et directs. Sascha Funke présente
son nouveau projet Saschienne à Lyon avec son épouse Julienne
Dessagne, chanteuse et musicienne talentueuse. En mélangeant leurs
expériences différentes, ils créent une musique très expressive figurant sur
leur nouvel album Unknown.
DJ Koze
(Pampa / Hamburg)
Jeudi 17 mai 2012 / 16h30-18h30 / Hôtel-Dieu – Scène 2 : Cour d’honneur
Derrière le nom d’artiste DJ Koze
se cache en fait Stefan Kozalla, né en 1972 à Flensbourg. Il devient le DJ
fétiche du Studio 672 à Cologne ou encore au Pudel Club à Hambourg. En 1991 déjà, Stefan Kozalla montre son talent derrière les platines lorsqu’il
obtient la deuxième place au championnat allemand DMC DJ-Mix. S’ensuivent
quelques années où il travaille avec le groupe de hip-hop hambourgeois
Fischmob. Cinq ans plus tard, il se tourne vers la techno, trouve sa place en
tant que DJ et sort de nombreux remixes tels que Telefunken
(Egoexpress), Tausend Tränen Tief du groupe Blumfeld ou encore Happy
Hip Hop de Fünf Sterne Deluxe. Ces derniers figurent aussi sur son CD mixé
intitulé Music Is Okay. Début 2004 paraît sa deuxième compilation de
mixs, All people is my friends chez Kompakt et en 2005, il sort son
album solo Wo die Rammelwolle fliegt sous le pseudonyme Adolf Noise.
Oliver
Hafenbauer (Live at Robert Johnson / Frankfurt)
Jeudi 17 mai 2012 / 16h30-18h30 / Rue Bely
Depuis des années déjà, Oliver
Hafenbauer est présent dans le milieu house de Francfort et mixe souvent
entre autres au Club Robert Johnson à Offenbach. Aux côtés de ATA, le
propriétaire du club et chef des labels Playhouse et Klang und Elektronik, ce
DJ deep-techno a participé pour beaucoup au succès du club et est l’un des plus
connus de la scène de Francfort. Cet artiste,
né en 1978, est d’abord marqué par le hip hop, le punk et le reggae, mais dès
le début des années 90 il découvre l’acid house, qui le fascine. Il commence à
fréquenter des boîtes et découvre la house au Wildpitch Club. C’est aussi la
musique disco de Metro Area qui l’influence fortement qu’il découvre notamment
par le biais d’Ata. On connaît Oliver Hafenbauer aussi sous le nom B.H.F.V.
aux côtés de Christian Beisswenger (Arto Mwambe). De plus, il est co-fondateur
du label Deo Records de Francfort.
Âme
(Innervisions / Berlin)
Jeudi 17 mai 2012 / 20h-21h30 / Rue Bely
Influencé par le style musical de
Stevie Wonder WestEnd Rec, Transmat, Weather Report et Herbie Hancock, Kristian
Beyer et Frank Wiedemann, de Karlsruhe dans le Bade-Wurtemberg,
réalisent une deep house matinée de soul, inspirée par le Detroit Deep House. En 1999,
lorsque les deux musiciens se rencontrent pour la première fois dans le magasin
de disques de Kristian Beyer, ils décident de travailler ensemble. Kristian
Beyer est alors déjà DJ spécialisé en techno et house pendant que Frank
Wiedemann s’essaye aux sons. Il rencontre déjà du succès avec son projet Soul
FC ainsi qu’avec avec sa compilation Future Sound Of Jazz. Sa musique
fait référence sur Château Flight, John Tejada over et IG Culture. Le premier
single de Âme, intitulé Sarari, paraît en 2003 sous le label
Jazzanova Sonar Kollektiv. Le duo s'est
fait connaître grâce à l'immortel track Rej. En marge de sorties sur
Sonar Kollektiv ou Ostgut Ton, ils sont surtout les créateurs avec Dixon du
label Innervisions. Se produisant régulièrement à Fabric (Londres), au Cielo
(New York) ou au Berghain (Berlin), Âme fait partie des producteurs
techno/house les plus influents de ces 10 dernières années. Une vague musicale
accessible, qui ne perd jamais de sa profondeur, de sa complexité, et de son
efficacité sur les dance-floors !
Pachanga
Boys (Kompakt / Köln)
Jeudi 17 mai 2012 / 20h-22h / Hôtel Dieu – Scène 2 : Cour d’honneur
Avec leur hippie dance les Pachanga
Boys veulent transmettre le bonheur de vivre tout en combinant électro et
sons légers. Le duo est composé du mexicain Rebolledo et de Aksel Schaufler,
alias Superpitcher, né à Ulm dans le sud de l’Allemagne. Pendant que
Rebolledo a ses premières expériences en tant que DJ sur la Playa del Carmen au
Mexique et y développe son propre style, Superpitcher se consacre à d’autres
tubes alliant électro-pop et techno, après la parution de son Single Heroin
en 2001. Ensemble, les Pachanga Boys utilisent des moyens tout à fait
différents et travaillent sur les différents spectres d’émotions. Fiesta
Forever, un de leurs tubes les plus connus, commence d’abord avec un chant
léger, mais les composantes électro sont toujours présentes. Ce mélange reflète
tout à fait le titre de ce tube, et ce pourrait être la devise du duo passionné
d’expériences.
DJ Hell
(International Deejay Gigolo Records / Munich)
Jeudi 17 mai 2012 / 3h00-6h00 / Bloc Club
Helmut Josef Geier, alias DJ Hell, débute sa
carrière de mixeur sous influence punk et new-wave, avant de rapidement se
passionner pour l'electronic body music (façon DAF ou Front 242) et la scène
house. My definition of house music, un de ses premiers singles, obtient
un franc succès en 1992 sur le label belge R&S Records. Il part ensuite à
New York pour revenir en 1994 avec un premier album intitulé Geteert und
gefedert. Suit un
deuxième album, Munich Machine, qu'il signe sous le nom de (DJ) Hell.
Parcourant le monde en tant que DJ, il s'occupe également du label
International Deejay Gigolos et signe notamment Christopher Just, David
Carretta ou encore Miss Kittin & The Hacker. Le label devient ainsi à
l'aube des années 2000 la référence de son électro clash, mélange de techno
froide et de new-wave.
C’est dans le club berlinois
légendaire OstGut (aujourd’hui appelé Berghain) que commence la carrière du DJ Marcel
Dettmann qui y mixe encore régulièrement. Musicalement, son style de techno
a un son métallique et il a travaillé sur des remixes pour FeverRay, Junior
Boys, Modeselektor ou encore Scuba.
Marcel
Dettmann est né 1977 à Fürstenwalde, non loin de Berlin. Il touche à la techno
en 1992 pour la première fois et c’est une passion qui est née. Dans les années
90, il est organisateur d’évènements à Dresde et Francfort/Oder et s’y fait
connaître. En 2006, plusieurs EPs sortent en même temps sur le label OstGut
ainsi que sur son propre label Marcel Dettmann Records, qu’il fonde la même
année. En 2011,
Marcel Dettmann a pris le temps de mettre sur disque ses valeurs musicales,
profondément ancrées dans l’histoire de la techno berlinoise. Que ce soit sur
son mix Conducted, paru chez Music Man, ou ses maxis sur 50 Weapons ou
KontraMusik, il démontre qu’il a su élever aux plus hauts standards la techno
froide et métallique qui fait sa signature.
Felix Kubin
(Gagarin Rec / Hamburg)
Vendredi 18 mai 2012 / 18h15-19h15 / Hôtel-Dieu – Scène 1 : Cour d’honneur
Felix Kubin est un compositeur de musique
électronique qui ne s’arrête jamais. Il est l’un des artistes les plus
diversifiés et dynamiques d’Allemagne : Pop SF, dadaïsme, art sonore, films
gore, musique bruitiste, théâtre radiophonique, vidéo : voilà un quart de
siècle que ce hambourgeois, fondateur du « Syndikat für Gegenlärm » (syndicat
du contre-bruit) ne tient pas en place. Dès son plus
jeune âge Felix Kubin, né en 1969 à Hambourg, aime la musique et fait des
expériences avec le synthétiseur. Lors de ses années actives de ses créations
artistiques il touche presque à tout. Durant les 20 dernières années il a
publié beaucoup d’albums et a mixé sur pas moins de 80 festivals de musique
électro. En 1998 Kubin fond le label Gagarin Records, par lequel il sort son
premier album Filmmusik la même année. Ses nombreux albums et tournées
le mènent à travers l’Europe, le Japon, le Canada. Il se consacre aussi à des
films d’animations, conçoit des pièces radiophoniques ainsi que de la musique
pour le théâtre et pour le film. Dans sa musique pop avant-gardiste, on
reconnait la touche de la Neue Deutsche Welle (Nouvelle Vague allemande) et on
se retrouve toujours dans un feu d’artifice de sons et de couleurs.
Isolée
(Pampa Records - Dial / Hamburg)
Vendredi 18 mai 2012 / 18h30-19h30 / Place des Célestins
Isolée a marqué les esprits avec Rest,
son premier album, sorti en 2000. Mais les albums suivants de ce DJ de
microhouse et producteur intitulés We Are Monster (2005) et Well
Spent Youth (2011), rencontrent aussi un grand succès. Rajko Müller naît à Francfort sur le Main et
grandit partiellement en Algérie. Après de premières expériences synthpop, il
se consacre bientôt aux synthétiseurs et aux pc’s drums. S’il préfère encore la
musique alternative dans les années 80, dans les années 90 c’est davantage la
musique techno, house et hip hop qui l’influencent. Son premier single System
paraît en 1996 sur le label Playhouse.
On peut
trouver un son plutôt léger et aéré, atypique pour ce genre, sur des morceaux
comme Beau Mot Plage qui a beaucoup de succès dans des clubs techno et
house. Il mixe des sons latino légers avec de la musique électro intemporelle
et surtout exceptionnelle. Unique en son genre, Isolée a su créer son propre
style, marquant de son empreinte chacun de ses tracks et poussant la musique
électronique dans ses retranchements. Les derniers projets de Isolée sont des
remixes pour Lawrence, International Pony et Turner qu’il publie dès à présent
sur le label Pampa Records.
Mouse on
Mars
Vendredi 18 mai 2012 / 22h-23h / Hôtel Dieu – Scène 1 : Cour d’honneur
Depuis presque vingt ans déjà, Mouse
on Mars se fait connaître avec ses harmonies innovatrices et insolites
issues du milieu pop et électro. Le duo a déjà travaillé sur de nombreux
remixes, projets et collaborations. Ils ont publié pas moins de 11 albums ainsi
que de nombreux singles. En 1993, Andi Thoma, né à Düsseldorf, et Jan
St. Werner, de Cologne, font connaissance dans un magasin de disques
a-Musik. Leur premier EP intitulé Frosch paraît un an plus tard. En dehors de
l’Allemagne, leurs publications ont surtout du succès en Angleterre et aux USA
avant que MOM ne s’établissent aussi mondialement en tant que groupe innovateur
et influent la scène électro-house. En 1997, les deux artistes fondent leur
propre label Sonig avec l’auteur, musicien et gérant de label Frank Dommert. Le
son de leurs tubes, qui combinent différents styles d’intelligent dance avec le
travail d’autres artistes de la dance leur offre une place de choix sur la
scène musicale des clubs.
Ricardo
Villalobos & Max Loderbauer présentent
Re : Ecm (Perlon, Playhouse / Berlin) Samedi 19 mai 2012 / 18h30-21h / Théâtre des Célestins
Ricardo Villalobos et Max Loderbauer, deux
musiciens parmi les plus inventifs et exigeants de la scène électro minimale
allemande, font partager leur admiration pour la musique de ECM, label fondé à
Munich en 1969 qui fait référence en matière de jazz hors norme. En utilisant
les enregistrements ECM comme matériau de départ, le duo crée une nouvelle
musique qui fait le lien entre différents genres, incluant l’univers spatial de
l’improvisation et de la composition, qui donnera vie en 2011 à l’album Re:
ECM. Magnifique surprise : il ne s’agit pas d’un lifting musical mais d’une
recréation totale des œuvres de musiciens radicaux qui évoluent aux confluents
du jazz, de la musique contemporaine et de la world. Le live de Re: ECM
est une prestation inédite en France pour Nuits sonores 2012. Le Label
ECM Souvent qualifié de froid, épuré voire maniéré, le label de Manfred
Eicher a signé les plus grands depuis 1969 : Keith Jarrett, Chick Corea ou
encore Jan Garbarek pour le jazz ; Arvo Part, Steve Reich ou Philip Glass pour
le classique contemporain.
Max
Loderbauer (Berlin
- Allemagne) Ingénieur, producteur et musicien, collaborant notamment avec
Vladislav Delay et Von Oswald pour créer Moritz Von Oswald Trio, Max Loderbauer
est un touche-à-tout et l’un des acteurs majeurs de la scène électronique
progressive et expérimentale allemande.
Ricardo Villalobos (Berlin - Allemagne) Doit-on encore
présenter Ricardo Villalobos ? Le Chilien, artistiquement exilé à Berlin, est
une véritable icône de la scène techno minimale, et à lui seul, un pan entier
de l’histoire des musiques électroniques. Loin des dancefloors, Re: ECM
est l’occasion unique de redécouvrir l’étendue de son génie.
Modeselektor
DJ Team (Monkeytown / Berlin)
Samedi 19 mai 2012 / 18h30-21h30 / Hôtel-Dieu – Scène 2 : Cour d’honneur
Deux dj allemands issus de la scène
underground berlinoise se rencontrent en 1995 et font désormais de la musique
ensemble. Le style expérimental du duo unit entre autres des influences du hip
hop, de la techno, du dancehall et du dubstep, plus précisément du bastard
dancehall, de la big bass techno, du labstyle et du rap acide. Le duo de
producteurs, DJ et live se compose des deux berlinois Gernot Bronsert et
Sebastian Szary, qui se joignent aux expériences musicales de la scène
underground en Allemagne après la réunification. Bientôt, après des petits sets
DJ, ils jouent déjà en live dans des bars berlinois. Les Modeselektor
s’envolent lorsqu’ils rencontrent Ellen Allien qui les signe sur Bpitch Control
en 2002. Après des années de tournées intensives en Europe, ils publient en
2005 sur ce label leur premier album Hello Mom! Au fil des années,
Modeselektor a publié une série de singles, des EPs et des remixes. Ils ont
aussi travaillé avec le groupe de rap parisien TTC et, sous le nom de Moderat,
avec le DJ électro berlinois Apparat. Les membres
de Modeselektor, qui se définissent eux-mêmes comme musiciens de live
plutôt que de studio, ont eu un succès international. Leurs samples sont
utilisé par des DJ partout dans le monde. La sortie de Monkeytown en
2011, sur leur label éponyme, est un succès sans précédent et donne lieu à une
tournée mondiale, avec une première escale française pour les Nuits sonores.
10 projets artistiques avec plus
de 30 artistes allemands présents à Nuits sonores 2012
ll y a un an, Gunter Sachs décidait de mettre fin à ses jours d’une balle
dans la tête dans son chalet de Gstaad pour échapper à la dégradation de ses
facultés mentales que lui promettait la Maladie d’Alzheimer. Dans une lettre
laissée à ses proches, il expliqua que s’il possédait encore tout son esprit à l'âge de 78 ans, il
sentait néanmoins une « perte de contrôle intellectuel sur sa vie » et jugeait cela « indigne », eu égard à son statut et à son éducation. Il mettait
fin à ses jours avec la même fougue qu’il l’avait vécue : en maître de ses
choix, en maître d’une vie trépidante à tous les égards. Car comme les chats,
Gunter Sachs a eu neuf vies. Né en 1932 dans le château de
Mainberg, en Bavière, petit fils, du côté paternel, d’Ernst Sachs, le fondateur
de Fichtel & Sachs, inventeur de la roue libre et, du côté maternel, de
Wilhelm von Opel (le fils d’Adam, le constructeur automobile allemand), Gunter
Sachs est considéré comme le playboy allemand par excellence des années 1960 et
1970. Les 22 et 23 mai prochain, c’est sa collection personnelle d’art contemporain qui sera
vendue chez Sotheby’s, à Londres.
Personnage haut en couleurs, il fut tout à
tour héritier d’une riche famille d’industriels, sportif de haut niveau (champion
d’Europe junior de bobsleigh), milliardaire flamboyant et flambeur des casinos
de la Côte d’Azur, homme à femmes, collectionneur d’art contemporain, mécène,
photographe et documentariste reconnu, passionné d’astrologie et auteur d’un
bestseller...
Fils de bonne famille, le petit Gunter
passe tout d’abord son enfance à Lausanne, en Suisse (dont il obtiendra la
nationalité) et poursuit des études d’économie et de mathématiques... Tandis
que sa première femme disparaît dans un accident de voiture, il jette en 1966 son
dévolu sur Brigitte Bardot, alors icône absolue du cinéma français. Pour la
séduire, il largue en hélicoptère un millier de roses rouges au dessus de la
Madrague. BB est conquise et Gunter Sachs l’épouse quelques semaines plus tard.
Ce dernier ira jusqu’à faire interdire la diffusion de la chanson « Je
t’aime, moi non plus » enregistré en 1967 par le sulfureux duo
Gainsbourg-Bardot. Le couple le plus glamour de la croisette finit par divorcer
en 1969. Qu’à cela ne tienne, le playboy bavarois ne perd pas de temps et
épouse quelques semaines à peine après son divorce un mannequin suédois, Mirja Larsson,
dont il partagera la vie jusqu’à la fin de ses jours, non sans avoir entretenu
auparavant une relation avec Soraya Esfandiary (la seconde épouse du shah
d’Iran), l’actrice Mara Lane, la mannequin Anka Hahn, la championne du monde de
ski nautique Marina Doria ou encore la peintre et mannequin Paule Rizzo…
Mirja Larsson
la princesse Soraya
Gunter Sachs aime les femmes,
claquer son argent dans les casinos de St Tropez et s’intéresse très tôt à
l’art. Il voyage dans les années 1970 entre St Moritz, où il crée le très
sélect « Club Dracula » et Hambourg où il ouvre une galerie d’art. Il
y expose Andy Warhol avec qui il noue une profonde relation d’amitié et dont personne
à l’époque ne veut acheter les travaux. Les oeuvres de Warhol demeurant invendues,
Gunter Sachs achète à l’artiste plus d’un tiers de ses œuvres afin de lui
épargner le manque d’enthousiasme du public. Il a du flair, Gunter… Photographe
professionnel plusieurs fois récompensé (notamment par le prestigieux pris
Leica), il réalise en 1974 l’affiche officielle de la Photokina, le plus grand
salon international de la photographie à Cologne et participe à de nombreuses
expositions de par le monde. Converti à l’étude mathématique et empirique des
astres, il édite en 1995 un bestseller sur l’astrologie fondé sur un travail
statistique, succès de vente scientifiquement controversé. A partir des années
1970, il partage sa vie entre la Suisse, la France, les Etats-Unis,
l’Angleterre, le Tyrol et la Bavière… Sa devise : Die Welt ist ein Dorf (« le monde
tient dans un mouchoir »). La collection mise en vente chez Sotheby’s à la fin du mois, comportant 300 œuvres et dont le portrait de
Brigitte Bardot par Andy Warhol est estimé à lui seul à 4 millions de livres,
est à l’image du personnage : chamarrée, visionnaire, parfois drôle, très influencée
par les Nouveaux Réalistes et le Pop Art, mais cohérente. On y retrouve une
toile de Fontana, plusieurs Warhol, Roy Lichtenstein, Yves Klein, Magritte, Max
Ernst, Tom Wesselmann, du mobilier art nouveau (Majorelle) et art déco (Ruhlmann)
ou encore son yacht, le Dracula 3, à bord duquel il cinglait en Méditerranée avec
Brigitte Bardot. Pour ceux qui souhaitent changer de salon, on conseillera de
surenchérir sur les sculptures farfelues du britannique Allen Jones et ses meubles
anthropomorphiques (Chaise, Table et
Porte-Manteau, 1969), métaphore critique de la société de consommation où
les femmes sont dégradées au rang d’objets.
Allen Jones (1969), Chaise, Table et Porte-manteau
Ceux qui ont laissé
passer le train en Bretagne et manqué début avril les représentations de Kontakthof, la pièce de Pina Bausch interprétée
par des adolescents sur la scène du Quartz de Brest et du Grand Théâtre de
Lorient, devront se rendre à Londres en juin prochain pour l’immanquable
tournée du Tanztheater Wuppertal, la
troupe de danseurs de la chorégraphe disparue il y a bientôt trois
ans, reprise depuis par son ami Dominique Mercy. A l’approche des Jeux olympiques de
Londres, pas moins d’une dizaine de pièces sont programmées à partir du mois de juin au Barbican et au Sadler’s Wells. Pour Paris, c’est déjà trop tard car le Théâtre de la Ville affiche complet pour les représentations de 1980.
Comme le nom de la compagnie qu’elle créa l’indique, Pina Bausch fut la
première à mettre en pratique le concept de Tanz-Theater
ou danse-théâtre, qui n’est pas sans rappeler à certains égards les Sprechbewegungschore, les « chœurs en
mouvement », du sport ouvrier sous la République de Weimar, la dimension idéologique
et la patine marxiste en moins. Si elle révolutionne la danse contemporaine, c’est en
faisant travailler ses danseurs non pas à la reproduction de pas prédéfinis mais
par rapport à leur anatomie personnelle, en fonction des capacités propres de
leur corps, en creusant leur passé, leur individualité. En mêlant paroles, jeu
d’acteurs, danse et une recherche scénographique poussée à l’extrême, les
compositions de Pina Bausch dépassent le cadre du ballet et dessinent un opéra
visuel, une danse totale. Весна
священная: Le sacre du printemps.
Pour les laissés-pour-compte des
billetteries, on ne peut que recommander d’aller s’équiper de lunettes 3D pour
visionner Pina de Wim Wenders ou de
se consoler avec le documentaire des Rêves Dansants, l'un des derniers projets de Pina Bausch qui décida
de monter Kontakthof avec des
adolescents de 14 à 18 ans qui n'y connaissaient rien à la danse. Nous, on s’en fiche des lunettes 3D, on a des places pour le Fensterputzer…
Extrait de Fensterputzer
A propos des Rêves dansants, sur les pas de Pina Bausch Réalisation Anne Linsel & Rainer Hoffman Documentaire En 2008, Pina Bausch, quelques mois avant sa mort, décide de reprendre son fameux spectacle Kontakthof, non plus avec sa troupe, mais avec des adolescents de 14 à 18 ans qui ne sont jamais montés sur scène et n'ont jamais dansé. Ce documentaire est leur histoire... Les Rêves dansants, sur les pas de Pina Bausch est le dernier film dans lequel la danseuse Pina Bausch apparaît. Elle décède un an avant la sortie du documentaire d’Anne Linsel. Le documentaire nous entraîne dans une aventure humaine et artistique, dans laquelle des jeunes gens s’épanouissent, se découvrent, se réconcilient avec leurs corps, découvrent le contact, l’autodiscipline, l’art, la participation à une création, la danse, le spectacle. Les cadrages, les ellipses, les personnages qui se créent et qui s’épanouissent sous nos yeux, les couleurs, cette ambiance de travail et d’excitation artistique, toute la mise en scène est d’une sobriété et d’une grande délicatesse. Les Rêves dansants est un film sur la danse mais aussi sur l'adolescence. Tandis que Kontakhtof prend forme, les personnalités et le corps s'affirment. Avec pudeur, la caméra capte ce basculement et le film illustre la richesse du rapport que Mme Bausch tisse avec ses élèves. Sa modestie, la précision et le respect de son regard nous rappellent que l'art n'a aucun rapport avec l'humiliation des fragiles, mais qu'il se nourrit d'un mélange d'exigence, d'ouverture, de peur et d'allégresse.