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mercredi 30 mai 2012

"Et si on essayait d’être heureux, ne serait-ce que pour donner l’exemple..."

Si l’on ne peut que déplorer l’éviction du dernier film de Jacques Audiard, De rouille et d’os et plus encore du chef d’œuvre photographique de Wes Anderson, le savoureux conte au goût de bonbon acidulé Moonrise Kingdom qui aurait redonné quelques couleurs juvéniles au dernier palmarès du festival de Cannes, plutôt placé sous le signe du tristounet vieillissement des cellules, il est difficile de contester la deuxième palme d’or reçue par le très fancophile réalisateur autrichien Michael Haneke, désormais abonné aux récompenses sur la Croisette. Haneke, qui tourne alternativement avec des acteurs français et allemands, collectionne les prix depuis 2001 : Grand Prix du Jury en 2001 pour La Pianiste et prix d’interprétation pour Isabelle Huppert et Benoît Magimel ; Prix de la mise en scène pour Caché en 2005 ; Palme d’Or en 2009 pour le malsain Ruban Blanc et bis repetita cette année avec Amour.

Après avoir travaillé comme critique de cinéma puis pour la télévision et le théâtre comme metteur en scène (auquel il reviendra en mettant en scène l’opéra Don Giovanni au Palais Garnier puis à l’Opéra Bastille cette année), il fait ses débuts au cinéma avec sa « Trilogie de la Glaciation ». Mais c’est l’implacable Funny Games qui contribue à sa reconnaissance - not funny at all – (l’histoire macabre en huis clos d’une famille torturée à mort par jeu par deux adolescents, écho moderne transposé dans un univers petit-bourgeois au Salo ou les 120 journées de Sodome de Pasolini). Cette fois-ci, Amour raconte avec un réalisme tout aussi glacial la déchéance d’un couple de musiciens octogénaires. Cinéma abrasif. Inconfortable. Pas très joyeux tout ça, certes… Alors, autant laisser la parole à Jacques Prévert, cité par Trintignan, cité à son tour par Next/Libération :

« Sur les sept films primés, seule la palme d’or remise à Haneke coïncide avec ce que nous avons retenu d’un peu secouant dans une sélection officielle assez faible, les chefs-d’œuvre ne se bousculant pas au portillon des récompenses. L’Autrichien, qualifié sur scène par son acteur Jean-Louis Trintignant de «meilleur metteur en scène vivant», accède à un statut hors-norme par ce plaidoyer pour l’amour à mort, en forme de chronique à huis clos de la fin de vie d’un couple d’amants octogénaires. Sa carrière paraît désormais sans équivalent dans le présent du cinéma, avec une aura qui conjugue la majesté bergmanienne austère à une réputation sulfureuse. Sans se risquer au dithyrambe, il faut dire qu’Amour est immense, notamment par sa capacité à réconcilier à Cannes les fans hardcore de Haneke avec ceux que sa filmographie laissait plus perplexes. Ce ne fut pas le festival de la gaudriole, mais celui d’une gravité qui s’impose à tous. Respect final pour Jean-Louis Trintignant citant sobrement Jacques Prévert : «Et si on essayait d’être heureux, ne serait-ce que pour donner l’exemple.»

NB : Amour sortira en salle en octobre. Voici en attendant notre top 4 de la filmographie du réalisateur autrichien, à visionner les soirs d’orage uniquement…    

N° 1: Le Ruban Blanc (2009)

N° 2: Caché (2005)

N° 3: Funny Games (1997)


N° 4: La Pianiste (2001)

dimanche 20 mai 2012

La biennale de Berlin: quand l’art se mêle de la politique

A l’occasion de la 7ème Biennale qui se déroule à Berlin du 27 avril au 1er juillet 2012, l’art se mêle de la politique et fait un pied de nez à ceux qui considèrent l’art contemporain comme une tour d’ivoire, un mode d’expression hermétique, auto-référencé, bref, un loisir de riches coupé des préoccupations contemporaines. A titre d’exemple, on peut citer l’intervention du « centre de beauté politique » dont les activistes dénoncent la vente d’armes de l’Allemagne à l’Arabie Saoudite sous le gouvernement Merkel (lire ci-dessous). Si la dimension politique ne fait pas une œuvre d’art, elle souligne en revanche toute l’actualité de l’engagement sur la scène artistique actuelle et, renouant avec l’héritage de Joseph Beuys, réaffirme le rôle de l’art dans la cité. 
Petit retour en images sur la programmation de la Biennale 2012 à travers un article intitulé « l’artillerie lourde contemporaine », par Victor Coste, paru dans la Gazette de Berlin :

le collectif Voina
"La 7e Biennale de Berlin se radicalise. Sous l’auspice de l’artiste Polonais Artur Zmijewski, l’évènement prend une tournure pour le moins politique. Du 27 avril au 1er juillet, c’est une succession de manifestations, de projets et d’actions imaginées par des artistes choisis pour leur engagement. De quoi replacer au cœur de l’art les responsabilités citoyennes, civiques et humaines si chères à nos fragiles démocraties. Cette année 2012 la Biennale de Berlin se mêle de la politique internationale. Pas étonnant lorsque l’on s’aperçoit que ce 7e épisode est co-piloté par la Polonaise Joanna Warsza ainsi que le célèbre groupe d’activistes Russes Voina (guerre en Russe). Joanna Warsza est née en 1976 à Varsovie. Elle y fait des études de théâtre et de danse qu’elle clôture en France et est à l’origine de la fondation Laura Palmer (qui promeut de manière absolument indépendante ses différents projets). Le terme de fondation est d’ailleurs ironique car c’est une structure low-cost et qui ne dégage aucun profit si ce n’est humain. Interrogeant les formats d’expositions, d’art et de pratiques activistes, Joanna Warsza a mené des projets d’expositions sur l’invisibilité de la communauté Vietnamienne à Varsovie, ou encore le phénomène de Jewish Renaissance Movement in Poland (délégation de la jeunesse Israélienne en Pologne). Elle travaille essentiellement avec les institutions publiques et sur la scène internationale.

Joanna Rajkowska

Des stars Russes à Berlin

Le 14 juin 2010, sur un pont de St Petersbourg, Voina dessine un phallus de plus de 60 mètres en 23 secondes. Une action minutieusement préparée et remarquablement exécutée. 




Action menée dans la nuit du 15 septembre 2010


La cerise sur le gateau de cette biennale reste tout de même le groupe Voina. Né en 2005 en Russie, le collectif offre depuis un panel d’actions anti-gouvernementaliste culottés. Ces nombreux membres sont en effet des performeurs qui risquent à chacune de leurs actions de très graves sanctions (certains ont fait de la prison). Voina a attiré l'attention publique le jour avant l'élection du Président russe Dimitry Medvedev en 2008. Cinq couples, y compris une femme enceinte jusqu’aux oreilles, faisaient l’amour dans le Musée de Biologie de Timirayzev à Moscou. La démocratie Russe, un pouvoir incestueux ? Souvenons-nous aussi du pénis long de 65 mètres peint sur le pont levant de Litiejnyj en face des quartiers généraux de la police secrète de Saint Petersburg. Une colossale érection directement tourné vers des institutions et un système démocratique que Voina juge « pourri ». Il serait odieux de ne pas mentionner aussi les voitures de police retournées (4 mois fermes pour deux des auteurs) ou bien le car de police brûlé en l’honneur des prisonniers politiques.
Performance du groupe Voina

Alexey Plutser-Sarno, membre du groupe, déclarait aux Observateurs :

« Personne n’a jamais été blessé au cours des performances de Voina(...) Nous sommes engagés contre les abus du pouvoir policier en Russie. Nous nous battons pour la liberté de l’art contemporain et les droits de l’homme, mais aussi pour mettre fin à la censure, à l’obscurantisme politique et social et contre la droite réactionnaire russe. Nous donnons à l’artiste une image de héros romantique qui combat le démon. Nous voulons redonner vie à l’art expressif, juste et sincère.»

Alexey Plutser-Sarno s’interroge sur la situation actuelle : « les policiers russes ont commis des centaines de meurtres et des milliers d’autres crimes. Ils sont constamment mêlés à des affaires de corruption ou impliquant le crime organisé. Nous sommes contre la violence et le hooliganisme, surtout quand c’est la police qui s’y adonne. » Des artistes qui ont l’encéphale bien vissé sur les épaules, les orbites attentives au pouvoir en place. Mais la « tête » du groupe tient à souligner un point essentiel de leur travail : « Les performances de Voina ne sont pas politiques ; ce sont des fables, des déclarations artistiques sur des problèmes politiques. Nous ne participons à aucun mouvement politique. D'ailleurs, la plupart des partis et organisations politiques nous traitent de bouffons et de clowns. L'opposition nous rejette parce qu'elle manque totalement d'humour. »

Seulement des blagues?

L’humour donc, une arme à priori dérisoire et pourtant subversive, tant dans l’histoire artistique des formes que dans celle des sphères politiques. Profitons-en pour faire un clin d’œil au célébrissime artiste chinois Ai Weiwei, non pas dépourvu d’humour, et interdit de sortie du territoire tant il bouscule les autorités de son pays. « L’artiste qui renie sa conscience politique n’est qu’un designer » nous rappelle Natalya Sokol, autre membre de Voina et sujette à un mandat d’arrêt international. Voilà de quoi donner du fil à retordre à tous les créateurs qui œuvrent en faveur d’un certain confort moral, esthétique et financier.

Les indignés et le monde de l'art

En 2011 le MoMa de New York se voyait envahi par Les Indignés de Wall Street. Sur le site de la biennale le mouvement est à l’honneur. Un des Indignés y explique, « Nous avons vu un rapport direct entre la corruption de la haute finance et la corruption "de la haute culture." Par exemple, des administrateurs du MoMA travaille aussi avec la maison de vente aux enchères de Sotheby’s où la valeur de l’art est synonyme de spéculation (…) Sotheby’s met la pression sur des travailleurs syndiqués, refusant de leur payer des services médicaux pendant une année de profits record (2011). En tant qu’artistes, nous sommes debout avec solidarité dans cette lutte. » Le marché de l’art, les institutions et politiques culturelles, l’élite intellectuelle, tout un appareil qui choisit, diffuse et protège ses précieux artistes dont la grandeur serait incontestable.
  
Un Indigné de Wall Street arborant le slogan du mouvement

Sur le même ton qu’envers la Bourse, une critique sévère est adressée aux hauts pôles culturels dont le contenu, devant s’adresser au peuple, est choisi et filtré par ce fameux 1% que dénonce le mouvement. Sur le site de la biennale nous pouvons lire « Nous occupons des musées pour réclamer l'espace d’une culture orchestrée par et pour les 99 %. Nous croyons que l'art et la culture sont le commun des mortels. L'Art n'est pas un luxe!” Reste à savoir si la direction que prend cette 7e Biennale parviendra à démocratiser d'avantage les pratiques artistiques contemporaines. Son programme est dense, varié et invite les citoyens du monde à participer à l'évènement. Laissez vous surprendre par les rencontres, les manifestations, les performances, les expositions et les rassemblements qui vont se succéder du 27 avril au 1er juillet 2012 dans toute la ville. Dans les théâtres, les galeries, des églises, la rue où les parcs, les lieux qui vont accueillir la Biennale sont très nombreux."
Article de Victor Coste pour la Gazette de Berlin

Plus d'infos sur le programme:

A lire également:  « L’art contemporain allemand est-il politique ? », in Allemagne d’Aujourd’hui N°186, Presses du Septentrion, septembre-décembre 2008.

Intervention du Zentrum für politische Schönheit
26.05.2012 | 8 pm | KW Institute for Contemporary Art, When is it legitimate to set fire to the Chancellery? a discussion with Center for Political Beauty In German

The Center for Political Beauty introduces its political interventions. With Alexander Bühler (investigative journalist), Emanuel Matondo (human rights activist), and Philipp Ruch (philosopher and artistic director of the Center for Political Beauty).

 

Lady of War by Center for Political Beauty, Berlin, action in public space, thereafter on view at KW

"In 2011 the Federal Security Council, under its chairwoman Angela Merkel, decided to approve a major arms deal: the sale of 270 Leopard 2 tanks to Saudi Arabia. German "high technology" is meant to be exported to a country, which is since March 2011 directly involved in the defeat of the Arab Spring, and has stationed thousands of soldiers and tanks to this day for "counterinsurgency" in the state of Bahrain. Despite several criminal charges, the puppet masters of this deal pretend to have done nothing wrong. They have a name and a face: the head of the company is described as a "patriarch" who, together with a bunch of confused owners (artists, teachers, photographers), cannot get enough of the profits. They are proud to expand their businesses and become richer and richer every year. But there is a sign of hope: this time, a line has been crossed. The commercial arms deal marks a turning point for their peaceful hiding place in Kassel. The red line, not to export to states that violate human rights, is crossed for greed. "Lady of War" documents the struggle and the fate of the owners of an armory." by Philipp Ruch

dimanche 13 mai 2012

Coup de Rhin aux Nuits Sonores

Sascha et Saschienne
Du 16 au 20 mai 2012, la scène électronique allemande s’invite au festival des Nuits Sonores. L’occasion de découvrir ou de redécouvrir au fil des BPM le vieux Lyon, où se produiront les meilleurs DJ d’Allemagne, de Francfort à Cologne en passant par Hambourg et Berlin... Dans le cadre du German Music Panorama, crée en 2007 par les organisateurs du festival en collaboration avec le Goethe Institut afin de promouvoir la richesse et la diversité musicale d’Outre-Rhin, une vingtaine d’artistes, musiciens, performeurs, DJs et VJs, investiront la rue Bély, la Place et le théâtre des Célestins ou encore la cour d’honneur de l’Hôtel Dieu. Le Goethe Institut nous livre à cette occasion un petit tour d’horizon des artistes à l’honneur des Nuits Sonores:

Cassy (Cocoon / Berlin) Mercredi 16 mai 2012 / 23h-1h / Anciennes Usines Brossette
Depuis son apparition au Panorama Bar du club Berghain à Berlin, Cassy est devenue une productrice et DJette internationalement reconnue. Elle a déjà travaillé avec Steve Bug, Ricardo Villalobos, Luciano, DJ Elin, Dave The Hustler, Mathew Jonson et Swayzak. Catherine Britton, d’un père d’origine caribéenne et d’une mère autrichienne, grandit à Vienne en Autriche où elle fait ses premiers expériences en tant que chanteuse et comédienne et où elle commence aussi à mixer. En 2003, après avoir été présentée à Luciano, chez qui elle mixe sur une de ses soirées Cadenza, elle déménage à Berlin. C’est là-bas que l’on lui propose un contrat fixe en tant que DJette au Panorama Bar. Elle figure aussi sur la première compilation des DJ berlinois. La protégée de Ricardo Villalobos et de Sven Väth mixe aussi très souvent au Rex à Paris et au Trouw à Amsterdam. Outre son travail sous des labels connus, tels que Playhouse, Perlon, Ostgut Ton et Cocoon, elle fonde son propre label. Elle aime varier les styles musicaux, c’est ainsi que l’on la retrouve entre la house et la techno. Elle a un vrai sens de la soul, grâce auquel elle fait bouger les pistes de danse, quelle que soit leur taille. 


Sascha Funke (Kompakt / Berlin)
Jeudi 17 mai 2012 / 15h-16h30 / Hôtel Dieu – Scène 2 : Cour d’honneur
La scène techno minimale berlinoise voit sans arrêt émerger de nouveaux talents, comme le DJ et producteur Sascha Funke, né en 1977 à Berlin-Est, ami et ex-colocataire de Paul Kalkbrenner. A 12 ans et après la chute du Mur, Sascha Funke écoute de la pop euro dance et s’achète l’album Technotronic Mega Mix. Dans les années 90, il touche pour la première fois à la musique techno et house lors d’une émission de radio de Marusha intitulée Rave Satellite. Son premier album techno sous le label Underground Resistance de Détroit s’appelle Seawolf. A la fin des années 90, Sascha Funke débute sa carrière en tant que DJ dans les clubs berlinois comme discount ou SO36 et commence à enregistrer avec Paul Kalkbrenner. En 2001, on découvre ses premiers titres en solo et ses tubes de club comme When I will be famous. Son premier album Bravo / BPC075, avec lequel il entame une tournée à travers le monde, paraît pourtant seulement en septembre 2003. En 2008, Sascha Funke donne un concert à Aix-en Provence, avant la sortie de son album suivant Mango ainsi que d’un EP (format entre le single et l’album) avec des mixes de Mayer/Thomas et de DJ Koze. Son projet actuel paraît sous le label Kompakt. La musique de Sascha Funke tourne autour de deux extrêmes : de la musique remplie d’émotions allant jusqu’à la mélancolie, le tout avec des contours clairs et directs. Sascha Funke présente son nouveau projet Saschienne à Lyon avec son épouse Julienne Dessagne, chanteuse et musicienne talentueuse. En mélangeant leurs expériences différentes, ils créent une musique très expressive figurant sur leur nouvel album Unknown


DJ Koze (Pampa / Hamburg)
Jeudi 17 mai 2012 / 16h30-18h30 / Hôtel-Dieu – Scène 2 : Cour d’honneur


Derrière le nom d’artiste DJ Koze se cache en fait Stefan Kozalla, né en 1972 à Flensbourg. Il devient le DJ fétiche du Studio 672 à Cologne ou encore au Pudel Club à Hambourg. En 1991 déjà, Stefan Kozalla montre son talent derrière les platines lorsqu’il obtient la deuxième place au championnat allemand DMC DJ-Mix. S’ensuivent quelques années où il travaille avec le groupe de hip-hop hambourgeois Fischmob. Cinq ans plus tard, il se tourne vers la techno, trouve sa place en tant que DJ et sort de nombreux remixes tels que Telefunken (Egoexpress), Tausend Tränen Tief du groupe Blumfeld ou encore Happy Hip Hop de Fünf Sterne Deluxe. Ces derniers figurent aussi sur son CD mixé intitulé Music Is Okay. Début 2004 paraît sa deuxième compilation de mixs, All people is my friends chez Kompakt et en 2005, il sort son album solo Wo die Rammelwolle fliegt sous le pseudonyme Adolf Noise.

Oliver Hafenbauer (Live at Robert Johnson / Frankfurt)
Jeudi 17 mai 2012 / 16h30-18h30 / Rue Bely

Depuis des années déjà, Oliver Hafenbauer est présent dans le milieu house de Francfort et mixe souvent entre autres au Club Robert Johnson à Offenbach. Aux côtés de ATA, le propriétaire du club et chef des labels Playhouse et Klang und Elektronik, ce DJ deep-techno a participé pour beaucoup au succès du club et est l’un des plus connus de la scène de Francfort. Cet artiste, né en 1978, est d’abord marqué par le hip hop, le punk et le reggae, mais dès le début des années 90 il découvre l’acid house, qui le fascine. Il commence à fréquenter des boîtes et découvre la house au Wildpitch Club. C’est aussi la musique disco de Metro Area qui l’influence fortement qu’il découvre notamment par le biais d’Ata. On connaît Oliver Hafenbauer aussi sous le nom B.H.F.V. aux côtés de Christian Beisswenger (Arto Mwambe). De plus, il est co-fondateur du label Deo Records de Francfort.

Âme (Innervisions / Berlin)
Jeudi 17 mai 2012 / 20h-21h30 / Rue Bely
Influencé par le style musical de Stevie Wonder WestEnd Rec, Transmat, Weather Report et Herbie Hancock, Kristian Beyer et Frank Wiedemann, de Karlsruhe dans le Bade-Wurtemberg, réalisent une deep house matinée de soul, inspirée par le Detroit Deep House. En 1999, lorsque les deux musiciens se rencontrent pour la première fois dans le magasin de disques de Kristian Beyer, ils décident de travailler ensemble. Kristian Beyer est alors déjà DJ spécialisé en techno et house pendant que Frank Wiedemann s’essaye aux sons. Il rencontre déjà du succès avec son projet Soul FC ainsi qu’avec avec sa compilation Future Sound Of Jazz. Sa musique fait référence sur Château Flight, John Tejada over et IG Culture. Le premier single de Âme, intitulé Sarari, paraît en 2003 sous le label Jazzanova Sonar Kollektiv. Le duo s'est fait connaître grâce à l'immortel track Rej. En marge de sorties sur Sonar Kollektiv ou Ostgut Ton, ils sont surtout les créateurs avec Dixon du label Innervisions. Se produisant régulièrement à Fabric (Londres), au Cielo (New York) ou au Berghain (Berlin), Âme fait partie des producteurs techno/house les plus influents de ces 10 dernières années. Une vague musicale accessible, qui ne perd jamais de sa profondeur, de sa complexité, et de son efficacité sur les dance-floors !


Pachanga Boys (Kompakt / Köln)
Jeudi 17 mai 2012 / 20h-22h / Hôtel Dieu – Scène 2 : Cour d’honneur


Avec leur hippie dance les Pachanga Boys veulent transmettre le bonheur de vivre tout en combinant électro et sons légers. Le duo est composé du mexicain Rebolledo et de Aksel Schaufler, alias Superpitcher, né à Ulm dans le sud de l’Allemagne. Pendant que Rebolledo a ses premières expériences en tant que DJ sur la Playa del Carmen au Mexique et y développe son propre style, Superpitcher se consacre à d’autres tubes alliant électro-pop et techno, après la parution de son Single Heroin en 2001. Ensemble, les Pachanga Boys utilisent des moyens tout à fait différents et travaillent sur les différents spectres d’émotions. Fiesta Forever, un de leurs tubes les plus connus, commence d’abord avec un chant léger, mais les composantes électro sont toujours présentes. Ce mélange reflète tout à fait le titre de ce tube, et ce pourrait être la devise du duo passionné d’expériences. 


DJ Hell (International Deejay Gigolo Records / Munich)
Jeudi 17 mai 2012 / 3h00-6h00 / Bloc Club


Helmut Josef Geier, alias DJ Hell, débute sa carrière de mixeur sous influence punk et new-wave, avant de rapidement se passionner pour l'electronic body music (façon DAF ou Front 242) et la scène house. My definition of house music, un de ses premiers singles, obtient un franc succès en 1992 sur le label belge R&S Records. Il part ensuite à New York pour revenir en 1994 avec un premier album intitulé Geteert und gefedert. Suit un deuxième album, Munich Machine, qu'il signe sous le nom de (DJ) Hell. Parcourant le monde en tant que DJ, il s'occupe également du label International Deejay Gigolos et signe notamment Christopher Just, David Carretta ou encore Miss Kittin & The Hacker. Le label devient ainsi à l'aube des années 2000 la référence de son électro clash, mélange de techno froide et de new-wave.



Marcel Dettmann (OstGut / Berlin)
Vendredi 18 mai 2012 /17h-22h / Hôtel-Dieu – Scène 2 : Cour d’honneur


C’est dans le club berlinois légendaire OstGut (aujourd’hui appelé Berghain) que commence la carrière du DJ Marcel Dettmann qui y mixe encore régulièrement. Musicalement, son style de techno a un son métallique et il a travaillé sur des remixes pour FeverRay, Junior Boys, Modeselektor ou encore Scuba.
Marcel Dettmann est né 1977 à Fürstenwalde, non loin de Berlin. Il touche à la techno en 1992 pour la première fois et c’est une passion qui est née. Dans les années 90, il est organisateur d’évènements à Dresde et Francfort/Oder et s’y fait connaître. En 2006, plusieurs EPs sortent en même temps sur le label OstGut ainsi que sur son propre label Marcel Dettmann Records, qu’il fonde la même année. En 2011, Marcel Dettmann a pris le temps de mettre sur disque ses valeurs musicales, profondément ancrées dans l’histoire de la techno berlinoise. Que ce soit sur son mix Conducted, paru chez Music Man, ou ses maxis sur 50 Weapons ou KontraMusik, il démontre qu’il a su élever aux plus hauts standards la techno froide et métallique qui fait sa signature.


Felix Kubin (Gagarin Rec / Hamburg)
Vendredi 18 mai 2012 / 18h15-19h15 / Hôtel-Dieu – Scène 1 : Cour d’honneur
Felix Kubin est un compositeur de musique électronique qui ne s’arrête jamais. Il est l’un des artistes les plus diversifiés et dynamiques d’Allemagne : Pop SF, dadaïsme, art sonore, films gore, musique bruitiste, théâtre radiophonique, vidéo : voilà un quart de siècle que ce hambourgeois, fondateur du « Syndikat für Gegenlärm » (syndicat du contre-bruit) ne tient pas en place. Dès son plus jeune âge Felix Kubin, né en 1969 à Hambourg, aime la musique et fait des expériences avec le synthétiseur. Lors de ses années actives de ses créations artistiques il touche presque à tout. Durant les 20 dernières années il a publié beaucoup d’albums et a mixé sur pas moins de 80 festivals de musique électro. En 1998 Kubin fond le label Gagarin Records, par lequel il sort son premier album Filmmusik la même année. Ses nombreux albums et tournées le mènent à travers l’Europe, le Japon, le Canada. Il se consacre aussi à des films d’animations, conçoit des pièces radiophoniques ainsi que de la musique pour le théâtre et pour le film. Dans sa musique pop avant-gardiste, on reconnait la touche de la Neue Deutsche Welle (Nouvelle Vague allemande) et on se retrouve toujours dans un feu d’artifice de sons et de couleurs.


Isolée (Pampa Records - Dial / Hamburg)
Vendredi 18 mai 2012 / 18h30-19h30 / Place des Célestins


Isolée a marqué les esprits avec Rest, son premier album, sorti en 2000. Mais les albums suivants de ce DJ de microhouse et producteur intitulés We Are Monster (2005) et Well Spent Youth (2011), rencontrent aussi un grand succès. Rajko Müller naît à Francfort sur le Main et grandit partiellement en Algérie. Après de premières expériences synthpop, il se consacre bientôt aux synthétiseurs et aux pc’s drums. S’il préfère encore la musique alternative dans les années 80, dans les années 90 c’est davantage la musique techno, house et hip hop qui l’influencent. Son premier single System paraît en 1996 sur le label Playhouse.
On peut trouver un son plutôt léger et aéré, atypique pour ce genre, sur des morceaux comme Beau Mot Plage qui a beaucoup de succès dans des clubs techno et house. Il mixe des sons latino légers avec de la musique électro intemporelle et surtout exceptionnelle. Unique en son genre, Isolée a su créer son propre style, marquant de son empreinte chacun de ses tracks et poussant la musique électronique dans ses retranchements. Les derniers projets de Isolée sont des remixes pour Lawrence, International Pony et Turner qu’il publie dès à présent sur le label Pampa Records.



Mouse on Mars
Vendredi 18 mai 2012 / 22h-23h / Hôtel Dieu – Scène 1 : Cour d’honneur


Depuis presque vingt ans déjà, Mouse on Mars se fait connaître avec ses harmonies innovatrices et insolites issues du milieu pop et électro. Le duo a déjà travaillé sur de nombreux remixes, projets et collaborations. Ils ont publié pas moins de 11 albums ainsi que de nombreux singles. En 1993, Andi Thoma, né à Düsseldorf, et Jan St. Werner, de Cologne, font connaissance dans un magasin de disques a-Musik. Leur premier EP intitulé Frosch paraît un an plus tard. En dehors de l’Allemagne, leurs publications ont surtout du succès en Angleterre et aux USA avant que MOM ne s’établissent aussi mondialement en tant que groupe innovateur et influent la scène électro-house. En 1997, les deux artistes fondent leur propre label Sonig avec l’auteur, musicien et gérant de label Frank Dommert. Le son de leurs tubes, qui combinent différents styles d’intelligent dance avec le travail d’autres artistes de la dance leur offre une place de choix sur la scène musicale des clubs.

Ricardo Villalobos & Max Loderbauer présentent
Re : Ecm (Perlon, Playhouse / Berlin) Samedi 19 mai 2012 / 18h30-21h / Théâtre des Célestins


Ricardo Villalobos et Max Loderbauer, deux musiciens parmi les plus inventifs et exigeants de la scène électro minimale allemande, font partager leur admiration pour la musique de ECM, label fondé à Munich en 1969 qui fait référence en matière de jazz hors norme. En utilisant les enregistrements ECM comme matériau de départ, le duo crée une nouvelle musique qui fait le lien entre différents genres, incluant l’univers spatial de l’improvisation et de la composition, qui donnera vie en 2011 à l’album Re: ECM. Magnifique surprise : il ne s’agit pas d’un lifting musical mais d’une recréation totale des œuvres de musiciens radicaux qui évoluent aux confluents du jazz, de la musique contemporaine et de la world. Le live de Re: ECM est une prestation inédite en France pour Nuits sonores 2012. Le Label ECM Souvent qualifié de froid, épuré voire maniéré, le label de Manfred Eicher a signé les plus grands depuis 1969 : Keith Jarrett, Chick Corea ou encore Jan Garbarek pour le jazz ; Arvo Part, Steve Reich ou Philip Glass pour le classique contemporain.

Max Loderbauer (Berlin - Allemagne) Ingénieur, producteur et musicien, collaborant notamment avec Vladislav Delay et Von Oswald pour créer Moritz Von Oswald Trio, Max Loderbauer est un touche-à-tout et l’un des acteurs majeurs de la scène électronique progressive et expérimentale allemande.

Ricardo Villalobos (Berlin - Allemagne) Doit-on encore présenter Ricardo Villalobos ? Le Chilien, artistiquement exilé à Berlin, est une véritable icône de la scène techno minimale, et à lui seul, un pan entier de l’histoire des musiques électroniques. Loin des dancefloors, Re: ECM est l’occasion unique de redécouvrir l’étendue de son génie. 


Modeselektor DJ Team (Monkeytown / Berlin)
Samedi 19 mai 2012 / 18h30-21h30 / Hôtel-Dieu – Scène 2 : Cour d’honneur


Deux dj allemands issus de la scène underground berlinoise se rencontrent en 1995 et font désormais de la musique ensemble. Le style expérimental du duo unit entre autres des influences du hip hop, de la techno, du dancehall et du dubstep, plus précisément du bastard dancehall, de la big bass techno, du labstyle et du rap acide. Le duo de producteurs, DJ et live se compose des deux berlinois Gernot Bronsert et Sebastian Szary, qui se joignent aux expériences musicales de la scène underground en Allemagne après la réunification. Bientôt, après des petits sets DJ, ils jouent déjà en live dans des bars berlinois. Les Modeselektor s’envolent lorsqu’ils rencontrent Ellen Allien qui les signe sur Bpitch Control en 2002. Après des années de tournées intensives en Europe, ils publient en 2005 sur ce label leur premier album Hello Mom! Au fil des années, Modeselektor a publié une série de singles, des EPs et des remixes. Ils ont aussi travaillé avec le groupe de rap parisien TTC et, sous le nom de Moderat, avec le DJ électro berlinois Apparat. Les membres de Modeselektor, qui se définissent eux-mêmes comme musiciens de live plutôt que de studio, ont eu un succès international. Leurs samples sont utilisé par des DJ partout dans le monde. La sortie de Monkeytown en 2011, sur leur label éponyme, est un succès sans précédent et donne lieu à une tournée mondiale, avec une première escale française pour les Nuits sonores.

 

10 projets artistiques avec plus de 30 artistes allemands présents à Nuits sonores 2012 

FELIX KUBIN (Gagarin Rec. / A-Musik / Hambourg)
NS Days 2 - Scène 1 / Hôtel-Dieu / Vendredi 18 mai 2012 / 18h15 - 19h15 / Hôtel-Dieu
AME (Innervisions/ Berlin) Apéro sonore - Sonnenstrasse / Jeudi 17 mai 2012 / 20h00 - 21h30 
CASSY (Cocoon / Berlin)
Nuit 1 - Scène 2 / Mercredi 16 mai 2012 / 23h00 - 1h00 / Anciennes Usines Brossette
RICARDO VILLALOBOS & MAX LODERBAUER PRÉSENTENT RE:ECM (Perlon, Playhouse / Berlin - Allemagne)
Événement 10 Ans / Samedi 19 mai 2012 / 18h30 - 21h00 / Théâtre des Célestins

SETH TROXLER  (VisionQuest / Berlin)
Nuit 1 - Scène 2 / Mercredi 16 mai 2012 / 18h30 - 21h00 / Anciennes Usines Brossette
ITEMS AND THINGS présente MAGDA, TROY PIERCE, DANNY BENEDITTINI, MARC HOULE
Nuit 4 - Scène 2 / Samedi 19 mai 2012 / 22h30 - 4h30 / Anciennes Usines Brossette

TROY PIERCE (Items & things / Berlin)
MARC HOULE
 (Items & things / Berlin)
MAGDA
 (Items & things / Berlin)
DANNY BENEDITTINI
(Items & things / Berlin)

MONKEYTOWN présente MODESELEKTOR, SIRIUSMO, LAZER SWORD, MOUSE ON MARS
NS Days 2 - Scène 2 / Samedi 19 mai 2012 / 16h00 - 21h30 / Hôtel-Dieu
MOUSE ON MARS (Monkeytown / Cologne - Düsseldorf)
LAZER SWORD
 (Monkeytown / Berlin)
SIRIUSMO
 (Monkeytown / Berlin)
MODESELEKTOR
 (Monkeytown / Berlin)
OSTGUT TON présente MARCEL DETTMANN, BEN KLOCK, RYAN ELLIOT

NS Days 2 - Scène 2 / Vendredi 18 mai 2012 / 14h00 - 22H00 / Hôtel-Dieu
RYAN ELLIOT (OstGut / Berlin)
MARCEL DETTMANN (OstGut / Berlin)
BEN KLOCK (OstGut / Berlin)
KOMPAKT présente DJ KOZE, PACHANGA BOYS, SASCHA FUNKE & SASCHIENNE
NS Days 1 - Scène 2 / Jeudi 17 mai 2012 / 15h00 - 22H00 / Hôtel-Dieu
DJ KOZE (Pampa / Hambourg)
PACHANGA BOYS (Kompakt / Cologne)
SASCHA FUNKE & SASCHIENNE (Kompakt / Berlin)


>>> Plus d'infos :
http://www.nuits-sonores.com/


dimanche 6 mai 2012

Sea, Sachs and Sun: la mise en vente d'un playboy

ll y a un an, Gunter Sachs décidait de mettre fin à ses jours d’une balle dans la tête dans son chalet de Gstaad pour échapper à la dégradation de ses facultés mentales que lui promettait la Maladie d’Alzheimer. Dans une lettre laissée à ses proches, il expliqua que s’il possédait encore tout son esprit à l'âge de 78 ans, il sentait néanmoins une « perte de contrôle intellectuel sur sa vie » et jugeait cela « indigne », eu égard à son statut et à son éducation. Il mettait fin à ses jours avec la même fougue qu’il l’avait vécue : en maître de ses choix, en maître d’une vie trépidante à tous les égards. Car comme les chats, Gunter Sachs a eu neuf vies. Né en 1932 dans le château de Mainberg, en Bavière, petit fils, du côté paternel, d’Ernst Sachs, le fondateur de Fichtel & Sachs, inventeur de la roue libre et, du côté maternel, de Wilhelm von Opel (le fils d’Adam, le constructeur automobile allemand), Gunter Sachs est considéré comme le playboy allemand par excellence des années 1960 et 1970. Les 22 et 23 mai prochain, c’est sa collection  personnelle d’art contemporain qui sera vendue chez Sotheby’s, à Londres.



Personnage haut en couleurs, il fut tout à tour héritier d’une riche famille d’industriels, sportif de haut niveau (champion d’Europe junior de bobsleigh), milliardaire flamboyant et flambeur des casinos de la Côte d’Azur, homme à femmes, collectionneur d’art contemporain, mécène, photographe et documentariste reconnu, passionné d’astrologie et auteur d’un bestseller...
Fils de bonne famille, le petit Gunter passe tout d’abord son enfance à Lausanne, en Suisse (dont il obtiendra la nationalité) et poursuit des études d’économie et de mathématiques... Tandis que sa première femme disparaît dans un accident de voiture, il jette en 1966 son dévolu sur Brigitte Bardot, alors icône absolue du cinéma français. Pour la séduire, il largue en hélicoptère un millier de roses rouges au dessus de la Madrague. BB est conquise et Gunter Sachs l’épouse quelques semaines plus tard. Ce dernier ira jusqu’à faire interdire la diffusion de la chanson « Je t’aime, moi non plus » enregistré en 1967 par le sulfureux duo Gainsbourg-Bardot. Le couple le plus glamour de la croisette finit par divorcer en 1969. Qu’à cela ne tienne, le playboy bavarois ne perd pas de temps et épouse quelques semaines à peine après son divorce un mannequin suédois, Mirja Larsson, dont il partagera la vie jusqu’à la fin de ses jours, non sans avoir entretenu auparavant une relation avec Soraya Esfandiary (la seconde épouse du shah d’Iran), l’actrice Mara Lane, la mannequin Anka Hahn, la championne du monde de ski nautique Marina Doria ou encore la peintre et mannequin Paule Rizzo…

Mirja Larsson

la princesse Soraya
Gunter Sachs aime les femmes, claquer son argent dans les casinos de St Tropez et s’intéresse très tôt à l’art. Il voyage dans les années 1970 entre St Moritz, où il crée le très sélect « Club Dracula » et Hambourg où il ouvre une galerie d’art. Il y expose Andy Warhol avec qui il noue une profonde relation d’amitié et dont personne à l’époque ne veut acheter les travaux. Les oeuvres de Warhol demeurant invendues, Gunter Sachs achète à l’artiste plus d’un tiers de ses œuvres afin de lui épargner le manque d’enthousiasme du public. Il a du flair, Gunter… Photographe professionnel plusieurs fois récompensé (notamment par le prestigieux pris Leica), il réalise en 1974 l’affiche officielle de la Photokina, le plus grand salon international de la photographie à Cologne et participe à de nombreuses expositions de par le monde. Converti à l’étude mathématique et empirique des astres, il édite en 1995 un bestseller sur l’astrologie fondé sur un travail statistique, succès de vente scientifiquement controversé. A partir des années 1970, il partage sa vie entre la Suisse, la France, les Etats-Unis, l’Angleterre, le Tyrol et la Bavière… Sa devise : Die Welt ist ein Dorf (« le monde tient dans un mouchoir »).
La collection mise en vente chez Sotheby’s à la fin du mois, comportant 300 œuvres et dont le portrait de Brigitte Bardot par Andy Warhol est estimé à lui seul à 4 millions de livres, est à l’image du personnage : chamarrée, visionnaire, parfois drôle, très influencée par les Nouveaux Réalistes et le Pop Art, mais cohérente. On y retrouve une toile de Fontana, plusieurs Warhol, Roy Lichtenstein, Yves Klein, Magritte, Max Ernst, Tom Wesselmann, du mobilier art nouveau (Majorelle) et art déco (Ruhlmann) ou encore son yacht, le Dracula 3, à bord duquel il cinglait en Méditerranée avec Brigitte Bardot. Pour ceux qui souhaitent changer de salon, on conseillera de surenchérir sur les sculptures farfelues du britannique Allen Jones et ses meubles anthropomorphiques (Chaise, Table et Porte-Manteau, 1969), métaphore critique de la société de consommation où les femmes sont dégradées au rang d’objets.  

Allen Jones (1969), Chaise, Table et Porte-manteau






















BB by Andy Warhol, collection privée Gunter Sachs

Gunter Sachs et BB sur le Dracula 3


Gunter Sachs, à 78 ans
BB & Gunter Sachs

Gunter Sachs by Andy Warhol



mardi 24 avril 2012

Pina Bausch ou le Sacre du Printemps

Extrait de Fensterputzer

Les chœurs en mouvement
Ceux qui ont laissé passer le train en Bretagne et manqué début avril les représentations de Kontakthof, la pièce de Pina Bausch interprétée par des adolescents sur la scène du Quartz de Brest et du Grand Théâtre de Lorient, devront se rendre à Londres en juin prochain pour l’immanquable tournée du Tanztheater Wuppertal, la troupe de danseurs de la chorégraphe disparue il y a bientôt trois ans, reprise depuis par son ami Dominique Mercy. A l’approche des Jeux olympiques de Londres, pas moins d’une dizaine de pièces sont programmées à partir du mois de juin au Barbican et au Sadler’s Wells. Pour Paris, c’est déjà trop tard car le Théâtre de la Ville affiche complet pour les représentations de 1980. Comme le nom de la compagnie qu’elle créa l’indique, Pina Bausch fut la première à mettre en pratique le concept de Tanz-Theater ou danse-théâtre, qui n’est pas sans rappeler à certains égards les Sprechbewegungschore, les « chœurs en mouvement », du sport ouvrier sous la République de Weimar, la dimension idéologique et la patine marxiste en moins. Si elle révolutionne la danse contemporaine, c’est en faisant travailler ses danseurs non pas à la reproduction de pas prédéfinis mais par rapport à leur anatomie personnelle, en fonction des capacités propres de leur corps, en creusant leur passé, leur individualité. En mêlant paroles, jeu d’acteurs, danse et une recherche scénographique poussée à l’extrême, les compositions de Pina Bausch dépassent le cadre du ballet et dessinent un opéra visuel, une danse totale. Весна священная: Le sacre du printemps. 
Pour les laissés-pour-compte des billetteries, on ne peut que recommander d’aller s’équiper de lunettes 3D pour visionner Pina de Wim Wenders ou de se consoler avec le documentaire des Rêves Dansants, l'un des derniers projets de Pina Bausch qui décida de monter Kontakthof avec des adolescents de 14 à 18 ans qui n'y connaissaient rien à la danse. Nous, on s’en fiche des lunettes 3D, on a des places pour le Fensterputzer
 
Extrait de Fensterputzer

A propos des Rêves dansants, sur les pas de Pina Bausch
Réalisation Anne Linsel & Rainer Hoffman
Documentaire

En 2008, Pina Bausch, quelques mois avant sa mort, décide de reprendre son fameux spectacle Kontakthof, non plus avec sa troupe, mais avec des adolescents de 14 à 18 ans qui ne sont jamais montés sur scène et n'ont jamais dansé. Ce documentaire est leur histoire... Les Rêves dansants, sur les pas de Pina Bausch est le dernier film dans lequel la danseuse Pina Bausch apparaît. Elle décède un an avant la sortie du documentaire d’Anne Linsel. Le documentaire nous entraîne dans une aventure humaine et artistique, dans laquelle des jeunes gens s’épanouissent, se découvrent, se réconcilient avec leurs corps, découvrent le contact, l’autodiscipline, l’art, la participation à une création, la danse, le spectacle. Les cadrages, les ellipses, les personnages qui se créent et qui s’épanouissent sous nos yeux, les couleurs, cette ambiance de travail et d’excitation artistique, toute la mise en scène est d’une sobriété et d’une grande délicatesse. Les Rêves dansants est un film sur la danse mais aussi sur l'adolescence. Tandis que Kontakhtof prend forme, les personnalités et le corps s'affirment. Avec pudeur, la caméra capte ce basculement et le film illustre la richesse du rapport que Mme Bausch tisse avec ses élèves. Sa modestie, la précision et le respect de son regard nous rappellent que l'art n'a aucun rapport avec l'humiliation des fragiles, mais qu'il se nourrit d'un mélange d'exigence, d'ouverture, de peur et d'allégresse.